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Thibaud Mercier, dit Squall-Estel : auteur en amateur.


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[09/08/2008 22:47]
Troisième jour

Deux heures du matin

Gnaaah ! Garçon, quatre bières! Par les mains bénies d'Ilmater, que ça fait du bien de s'asseoir !! J'ai cru que ce voyage n'en finirait pas.

Encore trois grouilleux, puis un chasseur qui nous conseille de faire attention et de ne pas parler fort. Comme s’il y'avait besoin de préciser ! Mais c'était gentil quand même. Puis plus rien… Tout un long voyage de six heures environ, nous avons marché vite pour ne pas traîner dans l'obscurité. Heureusement qu'Imoen est un éclaireur de premier ordre. Elle nous a trouvé des chemins sûrs. Quel soulagement quand on a vu enfin les lumières de Brasamical ! Imoen était épuisée, et moi, je commençais à trouver mon armure feuilletée lourde à porter.

A peine avons-nous franchi le pont-levis de l'auberge que des personnes s'étonnaient à haute voix de l'arrivée de nouveaux venus. Les routes sont tellement bloquées que ça a de quoi surprendre, semble-t-il. Nous étions pressés d'entrer dans la salle commune, mais un homme, un jeune mage, qui sortait en courant de la salle, nous a interpellés avant que nous soyons arrivés en haut des marches. Il nous a demandé ce que nous venions faire ici. Lorsqu'Imoen lui a répondu qu'on venait ici pour retrouver deux amis, j'ai vu briller dans son regard une lueur que j'avais déjà vue, dans le quartier des prêtres de Château-Suif… La lueur du meurtre. J'ai hurlé à Imoen de faire attention, une seconde avant qu'il n'attaque. Il a lancé un sort qui fit apparaître trois répliques de lui-même, effectuant les mêmes gestes : nos premières attaques tombèrent dans le vide. Des gardes vinrent à notre secours, mais le mage, d'une voix puissante, lança un sort de terreur magique, qui les fit s'enfuir, et qui affecta également Imoen, qui tomba à la renverse sur l'escalier de pierre. Le sort, Ilmater soit loué, n'eut aucun effet sur moi. Deux de mes coups dissipèrent les deux dernières illusions, et je parvins à frapper le mage avant qu'il ne puisse achever le sort qu'il s'apprêtait à lancer sur Imoen. Un nouveau coup lui trancha le ventre, et il s'effondra par terre avec un curieux gargouillement.

Un deuxième mort à mon actif. Ça ne m'enchante pas, mais ce foutu mage n'a pas volé ce qui lui est arrivé.

Imoen recouvra ses esprits. Plus de peur que de mal, mais elle s'était cependant blessée à la tête en tombant sur les marches.

 « Ça va, je vais très bien », me dit-elle agacée lorsque je l'aidai à se relever. Heureux de voir qu'elle garde sa force de caractère malgré tout.

J'ai fouillé le corps, tandis qu'Imoen parlait avec l'un des gardes qui avaient tenté de nous aider. J'y ai trouvé une lettre, un avis de recherche pour être exact. Me concernant. J'ai alors appris une très mauvaise nouvelle : ma tête avait été mise à prix, pour une somme indéterminée mais apparemment suffisamment élevée pour pouvoir motiver la moitié de la racaille de la Côte des Epées. Je montrai le message à Imoen, qui se mordit la lèvre.

– Ce n'est pas une bonne nouvelle, dit-elle finalement.
– Non. Mais c'est quand même une nouvelle.

Je l'ai regardé dans les yeux et, histoire de la réconforter un peu (l’une des devises de Winthrop : « rire et sourire valent mieux que pleurs inutiles »), je lançai :

– Ma première mise à prix… Ça s’arrose !!

Après quelques secondes d'incrédulité, elle se mit à pouffer de rire et me dit :

– Lohengrin, le Paladin Joyeux Et Alcoolique. Ca restera dans l'histoire !

Elle n'a pas eu tort. C'est resté dans celle-ci, en tout cas.

J'ai alors poussé la porte de la salle commune. Je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse y avoir autant de monde, à deux heures du matin. Toutes les tables étaient occupées : il y en avait même qui s’entassaient sur la même chaise pour gagner de la place. Quelqu'un nous expliqua que les routes étaient bloquées par les bandits, et que plus personne n'osait prendre la route.

Nous allions presque arriver, au prix de moult efforts, au comptoir, quand une (charmante) voix nous interpella. Une demi-elfe, étrangement vêtue, me reconnut comme le fils de Gorion. Malgré ses manières un peu vives, je fus on ne peut plus heureux de l'entendre se présenter comme étant Jaheira. Un autre demi-elfe (son mari ? Je n'en suis pas certain, maintenant que j'y pense) se leva. Il était robuste, et avait l'œil vif.  Il portait surtout une cotte de mailles, un écu et une épée de bonne facture. C'était Khalid.

Ils ont compris, sans que j'eusse besoin de leur dire, que Gorion avait été tué. Ils avaient l’air moins surpris que consternés : ils le connaissaient depuis de nombreuses années. C'était étrange d'en parler à haute voix à d'autres personnes. Peut-être commençais-je à m'y faire.

D'après ce que j'ai compris (car Jaheira a un accent du sud, et Khalid bégaie comme une libellule asthmatique) ils ont proposé de se joindre à moi, chose que j'ai acceptée avec reconnaissance, car Gorion me les avait chaudement recommandés, et m'ont proposé, une fois que je me serai reposé, d'aller entreprendre un voyage à Nashkel. J'ai dû accepter ça aussi, je crois. Il semblerait que les mines de fer de Nashkel soient « totalement dans la mouise » (dixit Imoen) et qu'il serait bon de voir de plus près ce qui s'y passe. Les deux dingues de la matinée me reviennent en mémoire. Nashkel doit être un endroit intéressant si les aventuriers décident de s'y rendre en masse. Peut-être est-ce un bon point de départ. Je n'ai pas d'objectif précis… hormis « vivre et combattre… »

Imoen a loué (pour un prix conséquent) une chambre double pour elle et moi, et elle est montée se coucher. Khalid et Jaheira, qui n'avaient visiblement pas pris beaucoup de repos ces deux derniers jours, de peur de rater Gorion ou moi, ont également regagné leur chambre. Je ne vais pas tarder à les suivre. Dès que j'aurai fini ma bière.

Je repense à la réflexion d'Imoen :

– Comment peux-tu trouver le temps et le courage d'écrire ?

Je me le demande. Je n'ai jamais été très organisé, pourtant. Mais Gorion m'avait raconté qu'il tenait avec soin son journal, et que ça l'avait souvent servi. Alors…

Dix-huit heures.

Finalement, je ne suis pas tellement dépaysé… toujours le fidèle garçon de courses. Sauf que les courses ici semblent un peu plus costaudes.

Nous nous sommes mis d'accord pour rester au plus jusqu'à demain soir à Brasamical, afin de réunir un peu d'argent pour le voyage. Il faut dire que nous avons racheté à prix presque prohibitif un peu d'équipement à Bentley, et que trente pièces d'or, c'est peu pour prendre la route. Imoen a exploré les étages (je lui ai bien recommandé de ne faire qu'explorer) et a réussi à recevoir plusieurs offres d'emploi :

– Un écrivain gnome, un certain Unshey (jamais entendu parler) s'est fait voler un ceinturon ouvragé auquel il tenait beaucoup, près de la croisée des chemins, au sud de Brasamical… seul hic, le voleur est un ogre.
– Une gnome (y'a que des gnomes ici, décidément !), nommée Landrin, nous demande de dératiser sa maison à Béregost. Seul hic, les "rats" sont en l'occurrence des araignées géantes.

Imoen a tenu à me dire qu'un ogre n'est pas un mince adversaire, et qu'il faudrait être prudents. Toutefois, le butin et la récompense promettaient d'être intéressants. Quant à Béregost, ça se situe sur notre route pour Nashkel. On s’occupera de cette « désarachnisation » quand on passera là-bas.

Bref, nous avons passé la journée à retourner à la croisée des chemins, à y faire notre boulot, et à en revenir. Mais prenons le temps d'admirer l'excellence d'un travail d'équipe parfait.

Imoen part en éclaireuse (à moitié rassurée). Nous la suivons de loin, suivant ses indications. Elle repère l'ogre, qui se préparait son déjeuner (à vue de nez (au sens propre (enfin, propre, c’est une façon de parler)), un ragoût à base de grouilleux). Elle nous fait le signe convenu, et, à pas de loup, contourne l'ogre et se cache derrière des buissons, à l'opposé de nous-mêmes. A ce moment-là, Jaheira fait appel à ses dons de druide, et des branches jaillissent du sol pour saisir ses jambes. L'ogre pousse un hurlement de surprise et sort son morgenstern. Khalid et moi passons à l'attaque. Khalid se prend un vilain coup dans l'estomac, mais les cottes de mailles ne laissent passer qu'une ou deux pointes. Le sort de Jaheira (qui reste prudemment en retrait, comme on avait décidé avant) se dissipe peu à peu, et nous reculons vite. Imoen se faufile derrière l'ogre qui s'avance d'un pas lourd et passablement énervé vers nous. Hurlement de l'ogre. Imoen a dû chatouiller un point sensible avec sa dague. Elle s'enfuit aussitôt que l'ogre se retourne.

Et je conclus d'une splendide fente qui transperce au niveau du cœur (si on peut parler de cœur pour un ogre), et le monstre s'effondre à nos pieds.

Si c'est pas de l'organisation, ça ! Ça m'émeut presque. En tout cas, c'est soixante-dix pièces d'or de gagnées, en plus d'une haute satisfaction collective. Mademoiselle ! Quatre hydromels !

Vingt heures.

J'ai bien fait d'aller prendre l'air. Une certaine Joïa m'a demandé de l'aider. Encore une histoire d'objet sentimental volé par des brigands. Classique, ces temps-ci. Mais bon, tuer des hobgobelins, c'est une action louable en soi. Alors si ça peut aider cette charmante jeune femme, aucun problème. Nous nous sommes offert les hobgobelins (six en tout, si je compte bien) comme apéritif. Joïa n'avait rien d'autre qu'un large sourire pour nous remercier ; en ce qui me concerne, ce fut largement suffisant.

Un bon repas dans la salle commune. J'ai appris au cours des conversations deux faits notables :

– Il y a des tensions de plus en plus nombreuses entre l'Amn et la porte de Baldur. La garnison aurait été renforcée à Nashkel, où nous allons.
– Un convoi a été attaqué dans le sud. Les bandits, toujours ces foutues canailles. Mais comment peuvent-ils être aussi organisés, tout d'un coup ?

J'y repenserai demain. Nous partirons finalement dès l'aube (comprendre, vers onze heures…)

PS : Imoen vient de me dire qu'elle avait été prise pour une femme de ménage par un « péquenaud » (sic) qui cherchait désespérément à faire repriser sa culotte de laine dorée. Il y a des gens bizarres, ici. Imoen m'épate : elle a réussi à résister à la double tentation de prendre la laine dorée et d'humilier ce type, et a gentiment (j'ai des doutes) rectifié la situation.

Il faudra que je pense à fermer à double tour la chambre ce soir. Mais je ne peux pas monter tout de suite, Imoen prend son bain. C'est un conseil qu’Unshey aurait donné à Khalid et à elle. Trop aimable…





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