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Thibaud Mercier, dit Squall-Estel : auteur en amateur.


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[09/08/2008 22:49]
Sixième jour

Midi.

Pause déjeuner à l'auberge de Nashkel. Je me demande si nous n'allons pas bientôt éviter les auberges. Les chasseurs de primes m'attendent tous là-bas, ce qui est logique, quand on y pense. Ça fait le quatrième assassin que l'on envoie me tuer : ce type à Château-Suif, ce mage à Brasamical, ce nain puant à Béregost, et maintenant cette prêtresse timbrée. Sans compter l'assassin de Gorion… Qui m'a l'air un peu plus puissant que ces quatre minables.

Mes amis ne m'ont pas posé de question, mais ils se demandent tous la même chose que moi.

Qui peut m'en vouloir à ce point ?

Nashkel est un village qui serait tout à fait charmant s’il n'était pas si agité. L'Amn a renforcé avec soin cet avant-poste, et les exercices d’entraînement et les grandes manœuvres se veulent incessantes et impressionnantes. Les rumeurs de guerre imminente entre l'Amn et le Poing Enflammé ne semblent pas si infondées, hélas.

Le village est également en pleine crise. La mine de fer, principal moteur économique de la ville, tourne à vide. Il n'en sort plus que du fer inutilisable, et des mineurs disparaissent chaque jour. Il y a du louche là-dessous, ai-je subodoré avec sagacité. « Sans blague ! » m’a rétorqué Imoen en levant les yeux au ciel.

Les gardes sont également bouleversés par la fuite meurtrière d'un de leurs meilleurs commandants, un certain Brage, qui, dans une crise de folie, aurait tué plusieurs personnes avant de s'enfuir dans les collines.

Voilà cinq jours que Gorion est mort. Seulement cinq jours… il me semble que cela fait une éternité. Mon "aventure" semble bien engagée. C'est étrange comme on peut facilement tout quitter et partir sur les routes… la Route semble vivante, elle nous entraîne chaque jour plus loin… et je vis presque au jour le jour, en fin de compte. J'avance un peu à l'aveuglette.

Enquêter à propos des mines de Nashkel ne m'apparaît pas comme si stupide que ça. Le problème a l'air de taille, et ça ne peut que m'occuper. Et qui sait, peut-être qu'avec un peu de réussite, on arrivera à quelque chose. Du moment que ça peut me faire oublier les tueurs qui me poursuivent… Vrai, je pense qu'ils ne s'attendent pas à ce que je m'attaque aux problèmes régionaux et que je me promène en plein jour, alors qu'ils sont tous à m'attendre à chaque tournant. Tant mieux. Un peu d'illogisme ne peut que faire du bien dans ce genre de situation.

Imoen est en train d'étudier la carte des environs. Elle m'a l'air tentée par le festival, une fête locale installée à l'est. Peut-être qu'on devrait y faire un tour, histoire de glaner quelques renseignements.
Il nous faut d'abord passer dans un magasin pour y acheter un peu d'équipement (Imoen a besoin de flèches, notamment) et parler à Berrun Tuemor, le maire de la ville.

Vingt trois heures.

La nuit est tombée, et nous campons à côté des mines de Nashkel. Notre dernier repos avant de voir ce qui s'y passe.

Nous n'avons pas été inactifs. D'abord nous avons été voir Berrun Tuemor, qui nous a dit qu'en plus du fait que la mine soit complètement détraquée, les bandits coupent les routes et attaquent en priorité le fer. Bref, ce n'est pas la joie.

Ensuite, alors que nous partions pour le festival, nous avons croisé un type nommé Oublek qui voulait nous donner une prime, car me prenant pour un chasseur de primes du nom de Loup-gris. Outre qu'en ce moment, je n'aime que moyennement les chasseurs de primes, je ne mens que rarement, du moins jamais par malhonnêteté, et je l'ai détrompé. Il était rouge de confusion, et m'a remercié pour mon honnêteté. Il a l'air d'être quelqu'un à qui il faut s'adresser pour récolter certaines primes. C'est bon à savoir. Quitte à effectuer une action parfois louable, une petite récompense en prime ne fait pas de mal. Faire du travail pour une récompense et non pour le travail en soi, voilà qui est immoral. Le festival manquait de bonne humeur, rien d'étonnant vu les circonstances. Assez peu de monde et un temps maussade. On a passé néanmoins une après-midi intéressante et assez amusante. Deux « attractions » m'ont cependant moins plu.

Un petit-homme d'une cupidité ignoble avait trouvé une femme pétrifiée, et disposait d'un parchemin pour lui rendre vie. Mais au lieu d'utiliser le parchemin, cette petite ordure a préféré le vendre au plus offrant, histoire de se faire un bénéfice. Inutile de dire que j'ai payé, uniquement pour mettre fin au tourment de cette malheureuse. Le gredin, lui, a disparu dès que j'ai tourné le dos. La femme fut reconnaissante, au point de vouloir se mettre à notre service. Mais c'était une prêtresse de Tempus. Et, bien que je n'aie rien contre cette femme, je ne partage pas l'ambition exclusivement guerrière de cette divinité. Faire la guerre pour la guerre, voilà que je ne peux encourager. Le combat est inévitable, mais il ne doit pas être une fin en soi… Voilà, je pense, ce qui m'a poussé à refuser son offre.

Bizarre, d'ailleurs, qu'un « paladin alcoolique », comme me surnomme désormais Imoen, fasse des cas de conscience concernant la guerre. Il faut croire que je suis comme ça.

Peu avant notre départ, j'ai visité une tente comme tant d'autres, et je suis tombé sur un mage qui s'apprêtait à tuer une femme qu'il accusait de sorcellerie. J'ai essayé de le calmer : pouvais-je risquer de laisser tuer une femme qui pouvait être innocente ?

Voyant sa détermination furieuse, et sachant qu'un seul mot de la part du mage pouvait tuer la femme, j'ai pris un gros risque et je l'ai traité de bluffeur et de fumiste. Inutile de dire qu'il n'a pas apprécié et qu'il m'a attaqué avec un arsenal magique costaud. Heureusement, Khalid et Imoen ont entendu le combat et sont venus me prêter main-forte. Par miracle, le sort de confusion qu'il m'avait lancé n'avait pas eu d'effet sur moi, et j'ai pu rester lucide et le vaincre. C'est l'adversaire le plus puissant que j'aie rencontré jusqu'à ce jour. Dommage qu'un esprit d'une telle puissance puisse être aveuglé par sa prétention. La « sorcière », une femme nommée Bentha, nous a chaudement remerciés. J'ai l'instinct du mal, et je ne l'ai pas décelé dans ces (magnifiques) yeux.

Bref, encore une journée remplie… et pleine de violence. Le monde en est-il donc immanquablement parsemé ?

Sur ces considérations hautement profondes et philosophiques, je laisse là ma rédaction : voici Khalid qui me relève, et mon sac de couchage m'attend.





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