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Thibaud Mercier, dit Squall-Estel : auteur en amateur.


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[09/08/2008 22:49]
Septième jour

Lever du jour, donc six heures.

Imoen m'a dit qu'en se promenant un peu pendant son tour de garde (étant donné que le fait qu'elle prenne un tour de garde tient du miracle, je n'ai fait aucune réflexion sur la manière dont elle montait la garde) elle a repéré un campement de fortune au sud-ouest, où un feu est en permanence allumé. Peut-être que cela vaut le détour.

Neuf heures.

Ca valait le détour. Triste histoire. On est arrivé juste à temps pour assister à un face à face entre un sculpteur désespéré et un chasseur de primes, le célèbre Loup-gris, avec lequel on m'avait déjà confondu. A voir l'original, ça m'a vexé qu'on ait pu me prendre pour ce chacal puant.

D'après ce que j'ai pu comprendre, le sculpteur, nommé Prisme, était tombé fou amoureux d'une princesse elfe, et avait décidé de créer un chef d'œuvre à son image. Ces artistes… Il s'est mis dans une situation impossible, car il a dérobé deux émeraudes, et du coup, sa tête est mise à prix. Il était touchant, ce type. Et le chasseur de primes m'agaçait par sa prétention et sa cruauté. Il voulait tuer Prisme alors que ce dernier ne demandait qu'à rendre les émeraudes, seulement après avoir terminé son œuvre. J'ai demandé à Loup-gris ce qu'il risquait à attendre quelques minutes. Ce qui l'a agacé, et il nous a attaqués sans plus de formalités.

C'était un adversaire de taille, et Khalid et moi l'avons contenu du mieux que nous pouvions. Son épée était longue et brillait d'une lueur bleuâtre, sinistre et froide. Jaheira resta en retrait pour nous soigner dès que l'un de nous prendrait un coup, et Imoen, du haut d'un talus, tirait avec précaution, pour ne pas nous atteindre, quelques flèches, dont quelques unes seulement parvinrent à se ficher dans son armure de cuir clouté. Loup-gris commit une erreur regrettable. Lorsque je lui demandai où il avait appris à tenir une épée, et que je le traitai de « chacal délavé », il n'a pas apprécié, et s'est acharné sur moi tout le long d'un enchaînement furieux. Inutile de dire qu'Imoen et Khalid se sont fait un plaisir de venir lui prouver qu'ils savaient aussi manier leurs lames.

Prisme, qui pendant tout ce temps avait fébrilement poursuivi son travail, nous remercia chaudement. Il nous dit qu'il allait nous rendre les émeraudes aussitôt après qu'il aurait terminé sa lettre. Moi, je ne répondis rien et je regardai Loup-gris. Un mercenaire sans pitié, qui infligeait souffrances et humiliations à ses victimes, qu'elles soient de cœur pur ou mauvais, qu'elles soient coupables ou innocentes. Je pris son épée, et elle me parut d'une facture magnifique. Je la donnai à Khalid, en guise de récompense pour avoir donné le coup décisif à cette vermine. Il l'examina avec intérêt. C'est alors que Prisme nous a pris par surprise : dans une tirade romantique et amoureuse, il avala un poison foudroyant, et s'effondra sur la table de son atelier, son œuvre étant terminée. L'amour, ou plutôt l'idolâtrie qu'il vouait à la princesse Ellesime a quelque chose d'effrayant. Du moins a-t-il écrit son histoire avec passion et bonté de cœur. Son œuvre – une sculpture représentant le visage de cette femme – était imprégnée de cette souffrance. Ilmater le prenne sous son aile, murmurai-je.

Nous sommes retournés aux mines. On est allés nous chercher le responsable de la mine, Emerson, à qui nous allons demander l'autorisation de descendre là dedans.

**

Ca y'est, on a eu son accord. Il avait l'air de douter que nous irions au bout de notre enquête, et même que nous remonterions vivant. C'est gai… il paraît que d'autres aventuriers y sont déjà restés. C’est du moins ce qu’il nous a dit.

– Bon, ai-je répliqué, si c'est le cas, on boit un coup avant de partir, histoire de périr avec la satisfaction du devoir accompli.

Il m'a regardé d'un drôle d'air, m'examinant, et me demanda :

– Vous êtes sûr que vous êtes un paladin?

Imoen éclata de rire et répondit :
– Lui, non. Ilmater, oui.

Bien résumé… bon, on y va.

Quinze heures.

Un vrai labyrinthe, ces mines. Je ne suis jamais allé si profondément sous terre.

Nous évaluons la durée de notre exploration grâce au nombre de fioles d'huile que nous devons placer dans notre lanterne. Une fiole représente une heure. C'est important de pouvoir garder la notion du temps, même dans cet univers perpétuellement noir. Une mine, c'est glauque. Les mineurs ont l'air éprouvés par leur travail, mais surtout par la terreur de ce qui se passe dans les profondeurs. Ils parlent de disparitions systématiques dans les mines inférieures, de démons qui surgiraient des murs, et d'un fer qui est totalement impropre à l'utilisation dès son extraction. Rien d'enthousiasmant, quoi. Nous avons rencontré un certain Dinka, qui nous a confié une dague à remettre à son ami Kyle, qui est désarmé au niveau inférieur. Nous avons promis de lui donner. Nous passerons la nuit (enfin, notre sommeil, quoi) dans le campement de fortune qui est établi et gardé au second niveau.

Il s'agit de ne pas perdre le nord et de pouvoir s'orienter dans ce labyrinthe. Imoen, qui, par son éducation de roublarde, à un sens de l'orientation surdéveloppé, m'aide à dresser une petite carte, heure par heure. On va tâcher de ne pas se perdre et de procéder avec prudence.

Dix-sept heures.

Des kobolds ! Cette mine est infestée de kobolds ! Voilà au moins une information solide. Nous en avons tué toute une bande, qui s'en prenait à un pauvre mineur, lequel n'a hélas pas survécu. Ce sont donc des kobolds qui causent tout ce foutoir… Je comprends à la rigueur qu'ils soient suffisamment organisés pour se déplacer à leur guise dans ces mines, et qu'ils adorent tuer les mineurs et piller leurs maigres richesses ; mais pourquoi le fer est-il pourri ? Les kobolds savent poser des pièges, tendre des embuscades, mais je ne vois pas comment ils pourraient pourrir le fer.

L'ambiance du groupe est aussi décontractée que possible. Aucune blessure à déplorer, et nous sommes tous en pleine forme. Jachéra tient un discours écolo que je trouve exaspérant au possible, mais peu importe. Si la « plaie béante sur mèrrre Terrre » la dérange, dommage pour elle. Moi, j’avais envie de lui répondre que la mine était le moteur économique de cette ville, que ça faisait vivre des familles entières, et que je n’y voyais aucun mal, mais je n’ai pas le courage à faire de la philo pour le moment. Cette mine ne me dérange que dans le mesure où j’y suis, et que j’y cours un danger, dans l’objectif de supprimer ce danger une bonne fois pour toute et épargner la mort d’innocents. Point final, Jaheira !

Dix-neuf heures.

On en est à quinze kobolds de tués. Nous avons trouvé le campement des mineurs, et ils n'ont pas l'air d'avoir envie de se risquer loin des gardes. Kylee nous a remerciés pour la dague. Il ne s'est pas montré très expansif. Nous passerons la nuit ici. D'ici là, on explore le niveau.

Vingt-deux heures.

Bilan de la journée : trente kobolds, si j'ai bien compté. Ils se déplacent par groupes de quatre à six. Nous avons trouvé sur plusieurs d'entre eux des bouteilles de liquide verdâtre, duquel est enduit le fer pourri qu'il y a dans la plupart des wagonnets. J'ai été enchanté de voir mon épée s'effriter comme de l'argile sèche à son contact. Il va falloir en trouver une autre. D'ici là, je n'ai que mon bâton, et ça ne me plaît pas du tout. Khalid m'a proposé sa première épée, mais il a déchanté en constatant qu'elle avait subi le même sort. L'épée de Loup-gris est, elle épargnée. La dague d'Imoen est bien à l'abri dans son fourreau, et Imoen nous a annoncé qu'elle n'avait pas du tout l'intention de l'exposer.

Une certitude donc : ce sont bien les Kobolds qui empoisonnent le fer. Reste à connaître leurs motivations. Et leur chef, car jamais une cervelle de Kobold ne concevra un plan aussi saugrenu que de saboter la production d'une mine de fer.

Voilà donc un niveau de nettoyé. Je ne me fais pas d'illusions, ça ne durera pas longtemps. Les mines sont vastes et de nouveaux kobolds vont débarquer. Il nous faut remonter à la source. Demain, nous descendrons au niveau inférieur. D'ici là, repos complet et collectif. Les soldats Amniens montent la garde. J'ai dégotté une hallebarde dans un râtelier d'armes. J'imagine qu'ils ne verront pas d'inconvénients à ce que je l'utilise.





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