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Une heure du matin.
D’abord, les Caves Souterraines.
Les Caves Souterraines sont l’endroit le plus mal famé de toute la ville. On y trouve tous les types de prostituées : des courtisanes haut-de-gamme, des habituées du métier, et enfin de pauvres filles qui découvrent l’enfer d’être esclaves en compensation d’une bouchée de pain. Ces filles-là ne sont pour la plupart que des gamines, et les proxénètes s’en servent comme garniture laissé au libre usage des clients, ou presque. Comme de juste, il y a également tous types de clients : des aventuriers qui viennent dépenser leur or, des hommes, femmes, adolescents ou adolescentes de la noblesse qui, protégeant leur anonymat par des masques, cherchent à s’offrir ce qu’ils appellent « des sensations fortes », les marginaux classiques… et enfin, Sylthe et Krystin.
Nous n’étions pas entrés depuis une minute dans les Caves que nous entendions déjà parler de ces deux là. Deux filles étaient en train de briefer une troisième, qui était visiblement une jeune nouvelle.
– Evite-les comme la peste ! Ce sont des malades, des fous. – Rien que ce soir, ils ont déjà tué deux filles et trois clients. Et lentement, pour s’amuser. – Mais… et on les laisse faire ? – Ils ont payé mille pièces d’or pour la soirée ! Le patron les laisse faire ce qu’il leur plaît. – Et de toutes manières, le patron trouve que c’est bon pour l’image de la boîte. Les clients aiment quand il y a du sang, qu’il dit. – … par Chauntéa… – Bref, t’as compris ? Tu restes dans cette partie et tu ne t’approche pas du salon central.
Je résolus d’aller dire deux mots au « patron » avant de partir, et je fis un signe aux autres. En formation de combat discrète, nous avons avancé dans le couloir, jusqu’à déboucher dans le centre des Caves. C’était une sorte de piscine ronde, au milieu de laquelle était installée une scène illuminée par des flambeaux de couleurs variées. Sur cette scène, trois strip-teaseuses tremblantes essayaient tant bien que mal de poursuivre leur numéro ; deux de leurs consœurs se tortillaient sur le sol, gémissant comme sous l’emprise d’un poison. Avachi au milieu d’elles, Sylthe avait l’air de s’amuser.
Il était petit, le visage basané couturé de cicatrices, les cheveux noirs en broussaille. Des yeux d’un gris d’acier. Il portait une besantine noire sur son costume de soie. Un pendentif en argent luisait sur sa poitrine. Il avait la puissance d’un combattant endurci et la grâce malsaine d’un assassin professionnel. Sa main droite martyrisait l’une des deux filles, tandis que sa main gauche tenait une épée courte à la lame sombre, avec laquelle il effleurait lentement la gorge de l’autre.
Il s’interrompit en nous voyant, et sourit largement en me reconnaissant.
– Tiens, tiens… qu’avons-nous ici ? De la chair à lame…
Une voix de petite fille répondit, s’élevant de nulle part :
– Oh, encore ces héros si terrifiants… ah, pardon, je pensais à quelqu’un d’autre. – Ha ! s’esclaffa Sylthe, amusé. J’aime ta langue d’acier, chérie. Regarde-les, ils sont tous vexés, maintenant. – Epargnez-nous vos blagues à deux balles, répliqua sèchement Imoen. Sylthe et Krystin, c’est bien ça ? – Ma parole, les petits bouts de chou nous connaissent ? s’étonna la voix, faussement effrayée. – Comme c’est impressionnant, grinça Sylthe. Effectivement, Sylthe et Krystin Sombrelames, assassins de la secte des Masques de la Nuit, pour ne pas vous servir. Navré de ne pas pouvoir mieux vous montrer ma petite chérie, mais elle est tellement jolie qu’elle est obligée de se rendre invisible pour que les hommes lui laissent un instant de répit. Bien sûr, ce n’est pas qu’ils oseraient se montrer trop entreprenant avec moi à côté… et ceux qui voudraient quand même s’y frotter s’y piqueraient. Les roses ont des épines, comme on dit. – Surtout les roses vénéneuses, murmurai-je avec dégoût. – Sylthe-chéri, on leur dit ? – Mais bien sûr, qu’on peut leur dire… ah, poupée, tu connais bien ton Slythie !...
L’une des deux filles se mit à gémir de plus belle, et Sylthe renversa tout d’un coup la tête en arrière. Sa main dessina lentement une courbe dans l’air. Puis, avec un soupir de contentement, il daigna nous regarder à nouveau, toujours avec son sourcil gauche sarcastiquement haussé. Nous étions resté immobiles, prêts à réagir au moindre geste suspect de leur part. Il grimaça.
– Dites donc, ne vous gênez pas ! On ne peut même plus se câliner tranquillement, ma Krystin et moi ? – Voyons, Sylthe, il faut les excuser, les petits chéris… c’est qu’ils ont un faible pour les Grands-ducs, tu vois ? – Aaah… dans ce cas, pas étonnant que vous ayez si triste mine. Dommage pour Ecudargent, hein ? Et ce malheureux Eltan, n’en parlons pas. – Il leur en reste toujours deux, au moins… pauvres Ducs !... N’aurait-il pas mieux qu’ils meurent tous ensembles ? – Hé, Krystin, protesta l’assassin d’un ton de gentil reproche. Tu aurais dû les laisser mariner un peu. Il ne faut pas tout leur donner comme ça… comment on dit, déjà, sur un coteau d’argent ? Ou bien… – C’est pas bientôt fini, votre numéro de comiques ? coupai-je durement, en avançant d’un pas vers Sylthe. Nous n’avons pas de temps à perdre.
Le rictus de Sylthe s’accentua.
– Comme tu dis, petit, nous n’avons pas de temps à perdre. Allez, Krystin, on les tue maintenant, et on se fait les deux derniers Grands-ducs pour le dessert, comme a dit Sarevok.
D’une détente fulgurante, il passa à l’attaque. Et, ce faisant, il ‘effaça’ ses traits – c'est-à-dire que, tout d’un coup, il était impossible de voir précisément où il se trouvait. Il était flou, indéterminé, comme un élémental de brouillard. La lame de son épée courte fondit sur moi, avec une précision mortelle, et, avant que je puisse réagir, le sang coulait sur mon armure.
Je serais mort sans même avoir pu combattre si Sylthe avait pu me porter un autre coup ; mais Khalid et Minsc s’interposèrent entre lui et moi, et le tinrent à distance. Je portai ma main à la gorge, et invoquai tous mes pouvoirs de guérison. Ma gorge tranchée se cicatrisa tout d’un coup. L’adrénaline m’enflamma de sa vigueur ; je serrai Fléau d’Araignée.
C’est alors que Krystin passa à son tour à l’attaque. L’espace d’un instant, son manteau d’invisibilité se déchira, et je l’aperçus ; mince, belle et terrible dans son habit d’assassin, et entourée d’une demi-douzaine d’images miroirs. Sa main était dirigée dans ma direction. Je me rappelai la dernière fois où j’avais vu cette posture : au fond des Mines de Bois-Manteau, juste avant que Davaëorn ne lance son jet de foudre.
Je roulai sur le côté juste à temps. L’éclair me frôla le dos, et traversa de part en part un nobliau défroqué, qui comprit trop tard qu’il s’était offert la dernière « sensation forte » de sa vie. Je pris seulement à cet instant conscience des hurlements paniqués qui s’étaient élevés depuis l’attaque de Slythe. Clients, prostituées, serveurs, gardes, tous fuyaient le plus loin possible qu’il leur était possible du lieu du combat, ne souhaitant pas être des victimes collatérales de l’affrontement.
Un chapelet de projectiles magiques fusa à travers la pièce, de même qu’un champ de magie divinatoire, provenant respectivement de Dynahéir et de Jaheira. Krystin apparut, nette et limpide au milieu de l’estrade, ses images miroirs et son invisibilité dissipées. Calmement, méthodiquement, elle commença à tisser un nouveau sort.
Slythe était l’un des meilleurs bretteurs qu’il me fut jamais donné de voir. Son épée courte se jouait avec une facilité déconcertante des lames de Minsc et de Khalid, se déjouant de leurs gardes, plongeant dans les interstices de leurs armures, et ressortant rouge de sang. Les choses auraient mal tourné pour nous si Imoen n’était pas sortie de l’ombre à ce moment-là. Le coup qu’elle asséna à Slythe fut terrifiant, et il poussa un hurlement stupéfait qu’on a du entendre d’Eauprofonde. Il bondit en arrière, tenta de la frapper, mais elle s’esquiva, plus rapide et plus agile encore que lui. Slythe voulut la poursuivre, mais il fut contraint de contrer les lames de Minsc et de Khalid, et de ne plus s’occuper que d’eux.
Mais ce fut alors que Krystin acheva son sortilège ; une brume épaisse et ocre l’entoura soudain, se propageant dans la pièce. Mes poumons se mirent à me brûler horriblement, et Jaheira, derrière moi, s’effondra en titubant par terre. Je ne voyais plus grand-chose autour de moi, mais j’avais compris : Krystin était quelqu’un à tuer le plus rapidement possible. Je bondis vers elle, et la frappai. Elle esquiva, recula, mais Imoen l’attaqua à son tour, l’empêchant de lancer un nouveau sort. Elle dégaina une dague démesurément longue, blanche et luminescente, et un duel commença. Tentant avec effort de respirer, je m’apprêtais à relancer une nouvelle attaque, mais mon regard tomba soudain sur les deux malheureuses filles – celles avec lesquelles Slythe et Krystin s’étaient amusés avant notre arrivée. Malgré leurs efforts désespérés, elles n’avaient pas eu la force de s’enfuir assez vite ; elles se convulsaient sur le sol, asphyxiées. Elles se mouraient.
Je réagis sans réfléchir une seule seconde. Je lâchai Fléau d’Araignées, les saisis par leurs poignets, et les traînai hors de cette brume mortelle. Cela me prit une dizaine de secondes ; une fois que je les jugeai en sécurité, je replongeai résolument dans le nuage ocre, sautai sur l’estrade, repris mon épée, et attaquai Krystin précisément à l’instant où elle parvenait à lancer un troisième sort. Une flèche enrobée d’un liquide verdâtre jaillit de l’index de sa main droite, et fendit l’air pour se ficher dans la poitrine de Dynahéir. Elle tomba à la renverse avec un cri étouffé.
Trois choses se déroulèrent simultanément. Le sort que Dynahéir venait d’achever – un sort de dissipation de la magie – épura l’atmosphère de la pièce ; Minsc, avec un hurlement de rage, asséna un coup colossal à Slythe, lequel fit un vol plané à travers le salon central ; enfin, je fouettai l’air de Fléau d’Araignées, et la tête de Krystin roula sur le sol. Le corps suivit quelques secondes plus tard, mais à cet instant-là, nous nous étions déjà tous précipité auprès de Dynahéir.
Fort heureusement, la blessure de Dynahéir était plus impressionnante que grave (« je vous assure, ce n’était qu’un stupide sort de Flèche de Melf, rien de sérieux »). Quoi qu’il en soit, deux potions de soins furent nécessaires – pour chacun d’entre nous, en fait. Le sort de nuage mortel lancé par Krystin nous avait tous calciné les bronches.
Il fallut une bonne minute pour que la population se risque à revenir près de nous ; les trois strip-teaseuses furent les premières à s’approcher, pour secourir leurs amies. Je leur lançai une potion de soins, qu’elles acceptèrent craintivement : aidée par une quatrième courtisane, elles portèrent les deux pauvres filles loin d’ici, tandis que les autres rappliquèrent. Je vis plusieurs regards extasiés de clients, enthousiasmés tout autant qu’horrifiés par le sang de Krystin qui gouttait de l’estrade. Nous ne leur avons pas accordé la moindre attention ; nous étions affairés à la fouille des corps.
Bilan de la fouille : leurs armes, surtout les deux lames, très raffinées et puissamment enchantées ; des parchemins magiques qui vinrent rejoindre la collection de Dynahéir ; deux anneaux magiques, trouvés sur le corps de Slythe (ces anneaux, à l’issue de la soirée, ont été identifiés : le premier est un « anneau de déplacement », qui permet de rendre son possesseur flou, et le second protège contre les magies entravant le déplacement) ; enfin, deux lettres. Exactement celles que nous cherchions.
La première constituait la preuve parfaite pour incriminer Sarevok. Elle est incontestablement de son écriture, et elle contient toutes les instructions adressées aux deux assassins. Comme nous le savions déjà, ils étaient censés se rendre au Palais Ducal pour participer à l’assassinat des deux derniers Grands-ducs encore « en jeu » ; ce que nous ignorions, en revanche, c’est qu’ils ne seraient pas seuls. Une demi-douzaine d’assassins amiroirs se trouvaient déjà infiltrés parmi la noblesse, et ils attaqueraient dès que Sarevok interromprait son discours. La seconde lettre était l’invitation pour la cérémonie d’intronisation de Sarevok, qui permet à son porteur, quel qu’il fût, d’entrer avec son escorte dans l’enceinte du Palais. La cérémonie commençait dans moins d’une vingtaine de minutes.
– P-pas de temps à p-perdre, dit calmement Khalid. – Im – je veux dire, Renarde, pensez-vous que nous pouvons y être à temps ? interrogea Dynahéir. – Sans problème ! J’ai déjà repéré quelles canalisations prendre pour nous y rendre via les égouts. – Alors, nous sommes partis, conclut Jaheira. – Attend, Louve, j’ai tout de même une chose à faire avant, intervins-je. Renarde, tu sais où est le bureau du gérant ? – Ouaip. Au fond de l’aile Nord. D’ailleurs, on peut sortir par là. Et ce sera plus court. – Parfait.
D’un pas décidé, je pris la direction de l’aile Nord – la foule s’écarta à notre passage. J’entrai en défonçant la porte dans le bureau du « patron », un vieux salopard du nom de Rillar, qui était plongé dans sa comptabilité. Sans m’encombrer de préambules, je lui collai une raclée monumentale, puis l’empoignai par le col, le plaquai au sol, et lui déclarai calmement que si, la prochaine fois que je revenais ici, je surprenais l’un quelconque de ses clients en train de torturer l’une des filles, je repasserais dans ce bureau après avoir corrigé le client en question, et je m’occupais ensuite de lui-même. Le type était trop occupé à essayer de remettre son nez en place et à récupérer ses dents pour répondre, mais je crois qu’il a compris. J’ai bien l’intention, en tous cas, de repasser vérifier de temps en temps que c’est le cas – ou d’envoyer quelqu’un le faire. Si je suis encore en vie pour cela, naturellement.
Ensuite, donc, le Palais Ducal.
Nous nous y sommes rendus directement après les Caves Souterraines, traversant de nouveau les égouts de la ville. Une fois dehors, Dynahéir prit quelques secondes pour utiliser un parchemin de magie mineure – mais sacrément pratique – pour nous laver de l’odeur pestilentielle des égouts. Nous aurions ainsi plus de chance pour passer pour de nobles invités… Nous nous sommes frayé un chemin à travers les badauds agglutinés devant le pont-levis, et j’ai tendu mon invitation au garde de l’entrée. Avec un sourire affable, il l’a prise, examinée, a acquiescé, et me l’a rendue.
– Qui dois-je annoncer ? demanda-t-il avec déférence. – Qui… ah, oui… je suis… le Seigneur Cygne de Padhiver. – Et il est pressé, mon vieux, ajouta Imoen avec une expression significative. – Bien sûr, bien sûr. Je vous souhaite une excellente soirée, Seigneur. – C’est ça, grommelai-je après être entré.
J’avais déjà aperçu de loin les fontaines et les jardins ; je n’étais cependant certes pas préparé à leur splendeur de fêtes. Lampions, flambeaux, sphères magiques scintillantes… en temps normal, ce spectacle étourdissant aurait suffit pour me clouer sur place et m’arracher un cri d’admiration. Mais le temps n’était pas à l’esthétique… nos bottes crissèrent sur le gravier tandis que nous pressions le pas ; nous avons suivi d’autres convives à l’intérieur même du Palais. Là, nouveau contrôle d’invitations.
– Tout est en règle, seigneur ; entrez, je vous prie. La cérémonie est sur le point de commencer.
Le garde n’avait pas fini sa phrase qu’un tonnerre d’applaudissements et de murmures confus s’éleva du Grand Salon. Un mouvement de foule prit aussitôt naissance. Je fis un geste aux copains : en dix secondes, nous voilà séparés et mêlés aux invités. Je me retrouvai en compagnie de Dynahéir devant l’une des deux entrées principales menant au Grand Salon. De là où j’étais, je voyais les tables jonchées de mets à première vue de nez succulents, de coupes de cristal étincelantes et de bouteilles alléchantes. Je m’ébrouai mentalement pour cesser de ne penser qu’à mon estomac et me focalisai sur le centre de la pièce. Là, un prêtre de Helm à l’air imposant levait les mains pour demander le silence. A ses côtés, une magicienne aux cheveux grisonnants dans une robe somptueuse patientait, les bras croisés.
– Liia et Belt, me murmura Dynahéir. – Le vote a été faussé, grogna une dame de la petite noblesse à côté de nous, s’adressant à une amie. Les propriétaires terriens ont été presque unanimes – c’est quasiment la première fois qu’il n’y a eu besoin que d’un tour de scrutin. – Chut ! – Mes amis, commença Belt de sa voix puissante, nous pouvons commencer la cérémonie que vous attendez tous. – L’élection d’un nouveau Grand-duc est toujours une occasion exceptionnelle pour la ville, enchaîna Liia d’une voix d’alto calme et posée, derrière laquelle on sentait une tension fatiguée contenue. Et ce moment est venu : nous devons fêter cet évènement comme il se doit. Certes, la perte d’Entar Ecudargent a été un véritable drame, mais nous ne sommes pas venus ici ce soir pour nous apitoyer. Voici les résultats du vote : …
Mais elle fut interrompue par des questions qui fusaient soudain, en provenance des nobles rassemblés devant eux.
– Comment va Eltan ? Son état s’est-il amélioré ? – On dit qu’Eltan a été enlevé, est-ce vrai ? – L’Amn mobilise ses troupes ; pourquoi ne nous préparons-nous pas à la guerre ? – Et que faites-vous contre cette pénurie de fer ? Sans fer, comment allons-nous nous défendre ? – C’est le Zhentarim qui a provoqué cette crise ! Ils ont été employés par l’Amn, ne le savez-vous pas ? – Eltan et Entar ont été victimes de la secte amnienne des Voleurs de l’Ombre. Ils tuent nos chefs, et vous ne faites rien en réponse ? – Du calme ! fit Belt d’un ton apaisant, levant à nouveau les mains pour calmer le murmure inquiet qui suivait ces questions alarmantes. Nous répondrons à vos interrogations en temps voulu, mais pour le moment… – Comment ça, en temps voulu ? s’insurgea un noble d’une voix furieuse. Avez-vous besoin d’un mois pour additionner deux et deux ? Les Voleurs de l’Ombre tuent nos chefs, le Zhentarim sape nos forces, et il ne peut y avoir qu’une explication : l’Amn veut la guerre et va la déclencher. – Tous les indices trouvés sur les lieux du meurtre d’Entar Ecudargent laissent à penser que les Voleurs de l’Ombre y étaient impliqués, concéda Liia, mais… – C’est absurde ! tonna un autre, avec un geste impérieux et méprisant. Vous parlez d’indices ? C’était une signature flagrante, une provocation. Les amniens ont SIGNE leur crime. Etes-vous aveugle ou stupide, femme, pour ne pas voir l’évidence ? – Pardonnez-moi, répliqua Liia d’une voix glaciale, mais cette signature était trop flagrante pour paraître naturelle. Il est possible, voire probable, qu’on ait laissé ces indices pour nous induire en erreur. – Et pour quelle raison ? rétorqua l’autre. Qui, sinon l’Amn, aurait intérêt à nous égarer ? – Silence ! ordonna Belt, levant une troisième fois les mains. Cette cérémonie n’est pas censée dégénérer en pugilat et en débats stériles. Nous sommes ici pour accueillir notre nouveau Grand-duc, aussi tenons-nous à ce sujet. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici le nouveau Grand-duc, Sarevok Anchev.
Le tonnerre d’applaudissements qui se leva alors fut assourdissant, mais j’entendis tout de même distinctement un « merde » marmonné qui ne pouvait provenir que d’Imoen. J’essayai d’apercevoir Sarevok, mais j’étais mal placé. En revanche, j’entendis très distinctement sa voix calme et posée lorsqu’il prit la parole.
– Quel honneur pour moi d’être réuni devant un tel parterre ! Nobles de la Porte de Baldur et de la Côte des Epées, je vous salue. Moi, Sarevok, j’accepte bien volontiers le poste auquel vous m’avez élu, ainsi que toutes les responsabilités qui m’incombent désormais, aussi nombreuses soient-elles.
J’ignore qui, parmi les nobles réunis en ces lieux, pouvait déceler le sarcasme féroce de ces paroles. Je portai une potion d’héroïsme à mes lèvres, et l’avalai discrètement. Le liquide magique me brûla le gosier mais me réchauffa les muscles et me clarifia l’esprit. Sarevok reprenait :
– En tant que Grand-duc, mon premier geste sera de répondre aux questions légitimes que vous avez posées il y a quelque secondes. Vos inquiétudes sont toutes fondées : Les rumeurs selon lesquelles l'Amn mobiliserait ses troupes sont entièrement vraies, tout comme l'implication de ses partenaires Zhents. Mais ne vous inquiétez pas, amis : nous ne sommes pas sans défense face à nos ennemis. Les Zhents ont peut-être essayé de nous priver de nos ressources les plus précieuses, notamment le fer, mais nous ne sommes qu'affaiblis, pas vaincus. Lorsque mon père a été assassiné, j'ai hérité de son pouvoir sur le secteur ouest du Trône de Fer. Il dispose là-bas d'importantes réserves de fer, qui suffiront à nos besoins. Moi, Sarevok Anchev, les distribuerai à nos citoyens pour qu'ils en disposent selon leur volonté. Mais malheureusement, la ressource seule ne suffit pas pour préparer la guerre. Notre plus grand commandant militaire repose sur son lit de mort, et c'est une épreuve douloureuse pour la cité, qui en est d’autant plus vulnérable. Pour veiller à ce que le Poing Enflammé soit bien commandé, j'assurerai le contrôle du régiment des mercenaires, assumant temporairement les responsabilités d’Eltan, avec la permission, naturellement, de son lieutenant actuel, Angelo. – Pardon ? s’écria Belt, choqué. Sarevok, cette décision ne vous revient pas, il faut… – Silence ! crièrent plusieurs nobles. – Laissez parler Sarevok, il a raison ! Il faut prendre les devants, assez tergiversé ! – Mais… protesta Liia. – Au lieu d'attendre que la guerre nous frappe, nous la déclarerons, coupa Sarevok d’une voix d’acier. Avec la force que possède le Poing Enflammé, nous devrions pouvoir facilement assiéger la ville de Nashkel, réduisant à néant ce précieux avant-poste amnien. Ensuite, nous fortifierons rapidement le col des Pics Brumeux, et… Quoi ?!! Qui ose m'interrompre ?
C’était le signal.
Ce fut fulgurant. Un scintillement aveuglant éblouit la pièce, et une demi-douzaine de formes sombres jaillirent des rangs des nobles, fondant sur leurs cibles : Liia et Belt. Belt amorça un geste vers la garde de son épée, commença à lever son écu ; Liia tomba à la renverse, le souffle coupé. Une griffe floue se fraya un chemin jusqu’à sa gorge…
… et Fléau d’Araignées s’interposa, bloqua, contra. Je ne me souviens pas précisément comment ; mais, en une fraction de seconde, j’étais là, et Khalid et Minsc également ; ensembles, nous formions un rempart entre les ombres « effacées » des amiroirs et leurs proies. Trois silhouettes décharnées et grisâtres roulèrent sur le carrelage, tandis que quelques autres subissaient un assaut de sortilèges en provenance de Jaheira, Dynahéir – et Imoen, qui, d’après ce que j’ai compris, a utilisé quelques potions d’Haleine Ardente à fort bon escient. Quelques gardes se portèrent à notre aide, mais le combat était plié : les assassins dopplegängers survivants ne furent bientôt plus que des cadavres sifflants.
Cela avait duré moins de trente secondes. Le tumulte qui suivit fut indescriptible ; les gardes sonnaient une alerte générale, la plupart des nobliaux, hurlant et piaillant, jouaient à sauve-qui-peut ; les deux Grands-ducs se relevaient péniblement, tentant de retrouver leurs souffles et leurs esprits. Imoen se pencha pour prêter un bras secoureur à Liia, tandis que Khalid faisait de même avec Belt ; Dynahéir et Jaheira nous rejoignaient, et Minsc, toujours vigilant, alla près d’elles. Et moi… immobile, l’épée fumante baissée, je regardais Sarevok droit dans les yeux. Il était resté figé, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, debout dans son armure – cette armure de plates impressionnantes, cette armure qu’il portait la nuit de la mort de Gorion : l’armure d’un guerrier implacable. Il me fixait, comme s’il n’y avait personne d’autre dans ce palais que lui et moi. Mon frère et moi, nous nous faisions face pour la première fois ; nous nous voyions réellement pour la première fois.
Mon cœur battait à m’en déchirer la poitrine.
– Qui que vous soyez, jeunes gens, nous dit Belt après quelques instants, nous vous devons la vie. Qui êtes-vous, et comment pouvons-nous vous remercier pour votre intervention ?
Je me forçai à détacher mon regard de celui de Sarevok, et me tournai vers les Grands-ducs.
– Mon nom est Lohengrin Cheveux-d’Or, répondis-je calmement, en m’inclinant devant lui. Seigneur Belt, nous savons que c’est Sarevok qui a tenté de vous faire tuer ce soir, de même qu’il a fait tuer Entar Ecudargent et qu’il a fait empoisonner Eltan. Jetez un coup d’œil à cette lettre : ce sont les instructions que Sarevok a écrites à un assassin de la secte des Masques de la Nuit, un homme du nom de Slythe, que nous avons tué avant de nous rendre à sa place en ces lieux. – Sarevok ? s’exclama Liia, regarda l’intéressé avec stupeur. Lui, nous faire assassiner ?! C’est impossible ! – J’espère que vos preuves sont suffisantes pour soutenir une pareille accusation, murmura Belt, en s’emparant de la lettre que je lui tendais. Si jamais vous allégations sont fausses… – Nous avons toutes les preuves nécessaires, dis-je doucement. Cette lettre est indiscutablement de son écriture, comme vous pourrez le constater. – MENSONGE ! rugit Sarevok, s’animant soudain. Angelo ! Ces hommes sont recherchés pour plusieurs meurtres ! TUEZ-LES ! Maintenant ! – J’annule cet ordre, répliqua sèchement Liia, s’approchant. Je veux voir ces documents ; ne faites rien tant que nous ne les avons pas lu.
Un silence. Belt déroula lentement le parchemin.
– Vous osez vous opposer à moi ? gronda Sarevok.
Tout le monde se tourna vers lui. Un rictus haineux contracta son visage. Ses yeux étincelèrent, et son aura se déploya, surpuissante et terrible.
– Alors ça, vous allez le regretter !
Il explosa.
C’est du moins l’impression qui m’est restée. Sa fureur embrasait tout d’un coup la pièce, comme un torrent de flammes ténébreuses, et sa puissance parut balayer toutes nos autres perceptions. Je vis son épée, sa gigantesque lame aux reflets incandescents, prendre son envol et plonger vers les Grands-ducs. D’un même geste, Khalid, Minsc et moi brandîmes nos épées, et bloquâmes simultanément le coup. J’eus l’impression de recevoir un rocher sur le bras. Sarevok poursuivit sa charge, bousculant Khalid et écartant Minsc. Avec un effort suprême, je lançai Fléau d’Araignée vers lui et parvint à dévier d’un pouce sa lame, suffisamment pour qu’elle manque Belt. Celui-ci s’écarta, et acheva son sort.
Une tempête de coups et de sortilèges s’abattit sur Sarevok, qui ploya comme un frêne sous l’assaut. L’effet de surprise était passé, et les mercenaires du Poing Enflammé chargeaient à l’unisson contre l’ex-nouveau Grand-duc ; à l’unisson, ou presque. Quelques hommes avaient pris le parti de Sarevok, notamment le fameux Angelo, un archer-mage – pas archimage, ARCHER-mage – lieutenant de Sarevok, et qui avait été nommé par lui à la tête du Poing Enflammé, à la place de La Balafre. Qu’importe : Sarevok et eux étaient à cinquante contre uns, encerclés, cernés.
Mais mon frère s’en fichait comme de sa première couche-culotte. Il se démenait comme un démon au cœur de la mêlée, et il avait déjà envoyé sept de ses adversaires au tapis, malgré les flèches qui venaient se ficher dans son armure, malgré le sang qui coulait de sa tempe, maculant ses cheveux noirs. Jamais, de toute ma vie, je n’ai vu de combattant si impétueux et implacable que Sarevok à ce moment. Insaisissable, infatigable, il évoluait sur une sphère différente des nôtres. Je le vis se dégager souplement d’un assaut de mercenaires, se fendre pour porter un coup à Khalid, et il m’attaqua à mon tour. Nos lames se croisèrent, se bloquèrent, se coincèrent. L’espace d’une fraction de seconde, son visage fut à quelques centimètres du mien. Tout se figea.
Et, soudain, la pièce s’illumina d’un sortilège bleuâtre que j’avais déjà vu au fond des Mines de Bois-Manteau : une porte dimensionnelle. Sarevok et Angelo furent enveloppés d’un nuage scintillant ; du coin de l’œil, je distinguai la petite silhouette du vieux mage qui avait lancé ce sort. Je ne détournai pas mon regard de celui de mon frère, même quand son visage et son corps s’évaporèrent.
– Ce n’est pas fini, Lohengrin. Je te tuerai, je te tuerai comme j’ai tué ton Gorion !
Le bruissement s’accentua, mais sa voix poursuivit distinctement :
– Tu ne seras jamais en paix, pas tant que je serai en vie ! Je te le JURE !
Et il avait disparu.
Quelques secondes s’écoulèrent, où tous restèrent cloués sur place. Puis le tumulte reprit : les Poings Enflammés arrêtaient les renégats, évacuaient la salle, sécurisaient le périmètre… les blessés se relevaient, les prêtres se penchaient sur les morts. Seuls, Belt, Liia et nous-mêmes restions immobiles, autour de l’endroit où Sarevok s’était tenu quelques secondes auparavant.
– Nous ne pouvons pas le laisser partir, prononça calmement Belt. Sarevok ne doit pas pouvoir s’enfuir. – C’est pourtant ce qu’il vient de faire, observa sarcastiquement Jaheira. – Le canal dimensionnel ne s’est pas encore complètement dissipé, dit Liia. Je peux suivre sa trace.
Sous les yeux admiratifs d’Imoen, elle dessina sans effort un puissant sortilège divinatoire ; Belt se tourna vers moi.
– J’ai entendu ce qu’il vous a dit. Vous avez un compte à régler avec lui, n’est-ce pas ? – Pas qu’un, répondis-je laconiquement. – Poursuivez-le pour nous, proposa Belt. J’ignore où il compte se rendre, mais vous devez l’y suivre, l’y traquer, et le tuer. Vous ne devez pas le laisser commettre de nouveaux crimes, Lohengrin. – Il s’est téléporté à la Guilde des Voleurs, annonça Liia. Je vous y envoie ? – Allez-y, acquiesça Imoen sans l’ombre d’une hésitation. – Très bien. Bonne chance, jeunes gens ; attention, ça va secouer un peu…
Un flash bleu, puis ce fut comme si j’avais plongé dans un fleuve tourbillonnant. Tornade de couleurs, soulèvement de cœurs, puis un plancher surgit de nulle part et me frappa au visage. Je restai sonné pendant un certain temps.
– Ouahouuu ! s’extasia Imoen. La vache ! Dynahéir, je VEUX apprendre ce sortilège ! – Ca, ce n’est pas pour tout de suite, répondit-elle en se relevant paisiblement, avec un petit rire. – Dites-donc, c’est une guilde secrète, ici, pas une voie de circulation ou un terrain d’atterrissage ! s’écria une voix stupéfaite et agacée. Qu’est-ce que vous avez-tous à jaillir de nulle part, ce soir ? Répondez, si vous ne voulez pas qu’on vous plante une dague dans le dos !
Je me relevai à mon tour, non sans mal. J’étais plus groggy qu’après une demi-douzaine de pintes.
– On poursuit Sarevok, parvins-je à articuler. Vous avez du voir passer un grand gars en armure, non ? Il est parti où ?
Le type – un petit roublard à l’œil méfiant et expérimenté, s’autorisa un petit sourire d’indulgence.
– Si vous coursez l’autre dingue, on ne va pas vous en empêcher. Le bulldozer a dévalé les escaliers avec ses comparses, si vous voulez tout savoir. – Parfait, fit Imoen. Compagnie, en avant ! – Hé-là, mignonne, vous ne comptez quand même pas…
Sans l’écouter, nous nous sommes rués dans les escaliers. Interminables, ces escaliers, d’ailleurs. Palier, nouvel escalier, palier, nouvel escalier, puis un dernier palier. L’endroit était complètement nu et désert, à l’exception notable d’une silhouette féminine gisant sur le sol.
– Voleta ! s’écria Imoen, en se précipitant vers elle. Qu’est-ce que tu fais-là ? – Re… Renarde ? balbutia l’autre, et sa bouche se tordit en un petit sourire rogue. Ce que je fais ici ? Ben, j’habite ici. T’étais pas au courant ? – Vous êtes blessée, dis-je en me penchant sur elle.
Je la guéris par imposition des mains, sans effort. Elle prit une longue inspiration, toussa, et se redressa légèrement contre le mur.
– Merci, blondinet, fit-elle en haussant des sourcils étonnés. – Qui t’a fait ça ? demanda Imoen. – Hein ? Oh, ça ? Sarevok, bien sûr. Je l’avais déjà vu une ou deux fois, mais c’est la première fois que lui me voyais sur son chemin… j’espère bien que ce sera la dernière. J’ai essayé de l’arrêter, mais il m’a écartée distraitement… me laissant comme vous m’avez trouvée, conclut-elle avec légèreté. Un sacré guerrier, ce type. Et culotté, pour entrer sans hésiter dans ce labyrinthe infernal. – Un labyrinthe ? répétai-je, surpris.
Je levai les yeux vers l’étroit corridor qui s’enfonçait dans les ténèbres.
– Oui, un labyrinthe. Toutes les guildes des voleurs ont leur centre d’entraînement, blondinet, tu ne le savais pas ? Le nôtre est vraiment spécial, et sophistiqué. Si vous saviez… – Nous devons suivre Sarevok, coupa sèchement Jaheira. Pouvez-vous nous guider dans le labyrinthe ?
Pour le coup, la fille s’étrangla.
– AH !... euh... je veux dire, non ! Non, non, pas question ! J'ai jamais vu personne sortir vivant du cœur du labyrinthe. Les meilleurs voleurs de la Guilde s’y sont cassé les dents. Si vous voulez tenter l’expérience, je vous donne ma bénédiction, mais de loin. Je vous promets que si vous revenez, je serai là pour vous applaudir. Et vous soigner à mon tour, ajouta-t-elle avec un clin d’œil qui m’était destiné. – Sarevok n’a pas peur d’y entrer, lui, observa Dynahéir avec un ton incisif qui me laissait à penser qu’elle n’aimait pas trop les œillades que me lançait la roublarde. – Je suppose que ses collègues connaissent leur boulot, répondit Voleta avec un haussement d’épaules. Mais moi, je connais mes limites. A moins d’être un mage super calé ou le meilleur roublard de la Côte, vous laisserez votre peau là-dedans. En tous cas, vous ne pourrez jamais arriver à l’autre bout du Labyrinthe. – Moi, je peux le faire.
Imoen avait prononcé ces mots avec une force et un calme que je lui avais rarement entendus. Silence. Voleta parut soudain inquiète.
– Renarde, t’es une bonne amie. Dis-moi que tu ne penses pas sérieusement à… – Je peux le faire, répéta Imoen avec une détermination farouche. – Tu…
Un moment de silence, puis la fille baissa les bras.
– Que Tymora te protège, alors, toi et tes amis.
Elle se leva, et remonta vers l’étage principal de la Guilde, nous laissant seuls face à l’entrée du dédale. Il y eut un nouveau silence, qui dura longtemps. Imoen le rompit d’elle-même.
– Je peux le faire. Nous n’aurons jamais une occasion pareille. Ce labyrinthe est protégé par des barrières magiques ; on ne peut le traverser qu’à pied, en franchissant tous les obstacles, un par un ; si Sarevok l’a traversé dans un sens, il est pris au piège de l’autre côté. – Et il y a quoi, de l’autre côté ? s’enquit Jaheira. – Ombreville. Une ville morte qui a été recouverte par un tremblement de terre, il y a des siècles ; la Porte a été construite au-dessus. Aujourd’hui, Ombreville grouille de morts-vivants, à ce qu’il paraît. – Merveilleux. – Qu’est-ce qu’on attend ? s’impatienta Minsc. La piste de Sarevok est toute chaude, nous n’avons qu’à la suivre. Il va s’empêtrer dans les pièges ; nous n’aurons aucun mal à le rattraper, dans ce cas. – Ce n’est pas si simple. Le Labyrinthe s’auto-entretient. Les pièges se renouvellent sans cesse, de même que les monstres qui le parcourent. Non, nous aurons autant de difficultés qu’eux à traverser. – Et nous avons tous besoin de nous reposer avant de les affronter, conclus-je.
Nous avons installé une sorte de campement de fortune devant l’entrée du Dédale. Nul n’est encore descendu de l’étage pour prendre de nos nouvelles ; tant mieux. Je ne tiens pas à ce que notre repos soit troublé.
Il est tard ; tous dorment. Je reste seul avec mon journal – et, accessoirement, Bouh qui est venu me tenir compagnie. Je pense à Sarevok.
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